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Cour Supérieure du Quebec

Église raëlienne c. Gratton

2006 QCCS 3560

JL 3165

á
á COUR SUPÉRIEURE

 

CANADA

PROVINCE DE QUÉBEC

DISTRICT DE

MONTRÉAL

 

N° :

500-17-015117-032

 

 

 

DATE :

21 JUIN 2006

______________________________________________________________________

 

SOUS LA PRÉSIDENCE DE :

L’HONORABLE

MAURICE LARAMÉE, J.C.S.

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ÉGLISE RAËLIENNE

CLAUDE VORHILON

Demandeurs

c.

DENIS GRATTON

3834310 CANADA INC.

Défendeurs

 

 

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JUGEMENT

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[1]                Le demandeur, Claude Vorhilon (dit «Raël») et l’Église Raëlienne poursuivent en dommages pour diffamation le chroniqueur Denis Gratton (ci-après Gratton) et le journal Le Droit suite à une chronique parue dans l’édition du 23 janvier 2003.

[2]                On y lit ce qui suit : 

«[...] J’arrête un instant.  Que veut dire «refroidissement éolien»?  Et «éolien», n’est-ce pas le nom des extra-terrestres qui ont kidnappé Raël?  En parlant de Raël, peut-on cesser, s’il vous plaît, de parler de lui dans les médias.  On joue son jeu et il est mort de rire avec toute cette publicité gratuite qu’il reçoit.  Le bonhomme est un escroc de la pire espèce, un gars d’arnaque professionnel et un enjôleur hors pair.  Plus on parle de lui, plus il est heureux et plus cet effronté floue d’honnêtes gens.  La meilleure façon de s’en débarrasser est de l’ignorer.  Et pensez-y, si les extra-terrestres sont si intelligents, pourquoi auraient-ils choisi ce clown comme porte-parole?

Bon.  Je me suis défoulé et ça fait du bien.  Merci pour votre patience.  Et à compter d’aujourd’hui, plus un mot sur cet hurluberlu.

(Et je vous avertis, chers lecteurs, ne m’écrivez pas pour me donner le bon nom des amis extra-terrestres de cet énergumène.  J’oublie comment il les appelle et je m’en fiche éperdument).

[...] C’est à rendre fou le froid.

Doit-on conclure qu’il doit faire très froid sur la planète des «éoliens»?

[3]                Les demandeurs réclament 75 000 $ pour dommages moraux suite à l’atteinte à leurs réputations et 10 000 $ à titre de dommages exemplaires.

 

Arguments de Raël

-        ce sont des propos diffamants à son égard

-        le chroniqueur n’a pas mesuré ses propos

-        le chroniqueur ne s’appuie pas sur des faits précis

-        le chroniqueur n’a pas pris les mesures raisonnables pour vérifier l’exactitude de ses propos.

 

Arguments de l’Église Raëlienne

-        en écrivant des propos diffamants à l’égard de Raël, les défendeurs discréditent du même coup l’Église Raëlienne et ses membres.

 

[4]                Les défendeurs, et plus particulièrement le chroniqueur Gratton, plaident qu’ils connaissent Raël et ses messages depuis fort longtemps à travers ses publications, ses innombrables déclarations aux médias et les reportages de toutes natures à son sujet et au sujet de son Église.

[5]                Ainsi, la chronique sur laquelle est fondé le recours fut rédigée en tenant compte, dans un premier temps, d’une toile de fond tissée en grande partie au fil des ans par Raël lui-même.

[6]                Dans un deuxième temps, les défendeurs plaident que la chronique en question fut rédigée et publiée dans un contexte particulier soit, le clonage humain, les interventions de Raël et de l’Église Raëlienne, et enfin, une couverture médiatique d’envergure sur le sujet et que nul, à l’époque, pouvait l’ignorer.

[7]                La toile de fond et le contexte constituent, à n’en point douter, la raison d’être de la chronique.  Est-ce qu’ils mettent les défendeurs à l’abri d’un recours en dommages pour diffamation, est autre chose.

1.  Les faits

[8]                À vrai dire, la toile de fond et le contexte ont fait l’objet d’une preuve substantielle, témoignages et écrits, qu’il convient de résumer.

1.1   La toile de fond

«Une société d’athées inventerait aussitôt une religion»[1].

[9]                Une preuve non contredite, si ce n’est par l’intelligence, nous provient des témoignages de Raël lui-même, notamment de ses écrits.

[10]           Le 25 décembre 1945, Yahvé (Yahveh), venu d’une autre planète, procède à la conception d’un être humain avec une dame vivant dans le petit village français d’Ambert.  Résultat, le 30 septembre 1946, Claude Vorihon voit le jour à Vichy.  Il n’est pas baptisé.  Un an plus tard, sa grand-mère aperçoit un engin lumineux au-dessus d’Ambert.

[11]           Il passe sa jeunesse à Ambert où l’élèvent sa grand-mère et sa tante.  À l’âge de sept ans, toujours à Ambert, il rencontre le dernier pape des druides[2] qui l’impressionne beaucoup.

[12]           Pas trop intéressé par ses études, il a le coup de foudre pour la vitesse et la course automobile.  Désespérée, sa grand-mère le place au pensionnat au Puy-en-Velay.  Il y est malheureux et triste mais y découvre tout de même la poésie. 

[13]           Précoce, il accède, à cette période de la vie humaine marquée par le début d’activité de ses glandes reproductrices, à la manifestation de certains caractères sexuels secondaires.  Cela lui plaît beaucoup.

[14]           Toujours âgé de neuf ans, il tombe amoureux de Brigitte qui le fascine, du moins jusqu’à l’âge de 12 ans, notant que son «douzième printemps avait fait bourgeonner délicieusement le corsage».

[15]           Il est de moins en moins intéressé par les études.  À l’âge de 14 ans, une forte tête de son école l’initie à la guitare électrique.  S’estimant poète, il met ses écrits en musique et performe en public.  Il jouit d’un succès mitigé mais réussit tout de même à séduire une serveuse de 20 ans qui, charmée par ses chansons, lui ravit sa virginité.

[16]           L’année suivante, à l’âge de 15 ans, il quitte pour Paris où, dès son arrivée, une femme habituellement engagée dans un établissement de nuit l’initie aux choses de l’amour physique.

[17]           Pendant ces années, il n’abandonne pas son rêve de devenir pilote de course automobile.  Il fait des disques, se produit en public et réalise des économies qui sont cependant insuffisantes pour lui permettre d’acheter le bolide de ses rêves.

[18]           On lui propose de devenir représentant pour une maison de disques à Bordeaux.  Cet emploi lui permet d’acquérir son premier véhicule de compétition.

[19]           Il ne connaît pas le succès escompté et décide d’amalgamer son talent pour l’écriture avec sa passion pour la course automobile, il fonde une revue spécialisée en la matière.

[20]           Du même coup, il connaît ses premiers succès en course.

[21]           Mais le destin l’attendait au virage.

[22]           Le 13 décembre 1973, l’air est frais et le ciel gris dans le cratère d’un volcan d’Auvergne.

[23]           Une soucoupe volante y descend en silence et ce qui paraît être un homme en sort pour se diriger vers lui.  Après une courte conversation, les deux montent à bord pour mieux bavarder.

[24]           L’extra-terrestre qu’il rencontre est un Eloha (singulier d’Elohim).  Le lendemain, il le revoit et pendant une heure pour les six jours suivants, il prendra dictée du Livre qui dit la Vérité.  Le Tribunal en fait le résumé qui suit :

Ce livre rapporte qu’il y a très longtemps, sur leur planète, les Elohim sont arrivés à créer des êtres.  Un groupe d’entre eux sont venus faire leurs expériences sur la planète Terre.  Ainsi, lorsqu’on lit dans la Genèse «Au commencement Elohim créa les cieux et la terre», il faut savoir qu’en hébreux, «Elohim» veut dire «ceux qui sont venus du ciel» et non pas «Dieu».

D’autres passages de la Genèse doivent se lire en conséquence.  Les Elohim ont étudié la Terre, son environnement, ses composantes et l’ont trouvée appropriée.  Ils l’ont aménagée, y ont produit des plantes et des animaux.

Pour terminer, ils y ont artificiellement créé l’homme, à leur image.  Divers groupes d’Elohim créent différents «hommes» et on organise des concours.  Les hommes créés par le groupe d’Elohim installé en territoire d’Israël sont particulièrement doués.

À un moment donné, ce groupe de créateurs Elohim installé en Israël veut tout enseigner à leurs créatures humaines, Adam et Ève, y compris comment créer.  Mais l’ensemble des Elohim, ne voulant pas créer des rivaux, est plutôt d’avis que l’homme devra évoluer lentement.  Les Elohim quittent donc la Terre, à l’exception du petit groupe récalcitrant d’Israël condamné à y rester.

Comme on l’a déjà vu, les créatures de ce petit groupe d’Elohim étaient particulièrement douées.

Éventuellement, les membres du petit groupe d’Elohim laissés sur Terre s’accouplent avec les plus belles filles de leurs créatures qui enfantent alors d’êtres exceptionnels.  Se sentant menacés par le progrès des hommes, l’ensemble des Elohim toujours aux aguets, décide de détruire la vie sur Terre.

Le petit groupe d’Elohim exilés, ayant été prévenu des intentions de l’ensemble, demande à Noé de construire une fusée, d’y mettre un couple de chaque espèce et d’aller tourner autour de la Terre durant l’attaque.  L’arche dont parle la Bible est en réalité une fusée.

En retour, les Elohim créateurs et les créatures humaines convinrent que ces derniers verseraient aux premiers une part de leurs récoltes et élevages.

Les hommes peuvent dès lors vivre et faire des progrès, leur but «est le progrès scientifique».

Voulant retourner sur leur planète d’origine, les Elohim exilés s’associèrent leurs créatures les plus intelligentes, le peuple d’Israël, afin de construire la fusée nécessaire, la Tour de Babel.  Apercevant cela de leur planète lointaine, l’ensemble des Elohim interviennent, prennent les Juifs savants et les dispersent sur tout le continent.

Certains de ces savants dans les villes de Sodome et Gomorrhe veulent se venger.  Mais les Elohim envoient deux espions qui préviennent les hommes pacifiques de s’enfuir puisque ces villes seront détruites par une explosion atomique.  La femme de Loth se retourne, regarde l’explosion et y laisse sa peau, ressemblant à une statue de sel.

Les Elohim voulant voir si le peuple d’Israël leur est toujours sympathique mettent Abraham au défit de sacrifier son fils.  «L’expérience fut heureusement concluante» et les Elohim sont heureux.

Le peuple des hommes les plus doué ayant été dispersé et plusieurs de leurs villes ayant été détruites, il n’existe plus qu’en petits groupes.  Devant le nombre important de créatures des peuples primitifs, les doués sont réduits au rang d’esclaves.

Il fallait donc remettre son pays au peuple doué.

Durant la marche du peule doué vers la «terre promise», les Elohim les protège des Égyptiens qui les poursuivent par une colonne de fumée placée derrière eux.  Les Elohim s’assurent également que les doués puissent traverser l’eau grâce à un rayon répulseur qui permet de dégager un passage.

Pour les nourrir dans le désert, les Elohim leur procurèrent un aliment chimique appelé par les ignorants «la manne».  Pour faire jaillir l’eau, Moïse utilise un détecteur de nappes, aussi appelé «un bâton».

Durant l’Exode, les Elohim apparaissent à Moïse, le buisson ardent est en vérité une fusée, d’où qu’il n’est pas dévoré par le feu.

C’est que le peuple réuni a besoin de règles.  Ainsi, Moïse se rend sur le Mont Sinaï et y rencontre les Elohim qui arrivent en engin volant et lui donnent leurs instructions.  Il faut donner aliments et richesses aux Elohim.

Arrivé à la Terre promise, le peuple juif détruit les idoles des peuplades primitives.  Pour traverser le Jourdain, on utilise à nouveau le rayon répulseur.

Une ville nommée Jéricho résiste au peuple élu et lui refuse l’entrée.  Un conseiller militaire Eloha vient en aide au peuple juif et détruit les murs au moyen d’un instrument émettant des ultra-sons amplifiés, aussi appelé «trompette».

Les Elohim se chargent également du bombardement de la ville.

Les filles des hommes, du moins certaines d’entre elles, plaisent toujours aux Elohim.  Ainsi, plusieurs s’accouplent avec elles.  C’est ainsi que naît Samson qui peut communiquer avec les Elohim par l’intermédiaire de ses antennes, ses cheveux.  Lorsque Dalila les coupe, pauvre Samson se trouve bien démuni jusqu’à ce qu’elles repoussent (les antennes), et on connaît la suite.

Le roi Salomon fait construire une résidence pour accueillir les Elohim qui viennent visiter en engin volant.

«Élie fut l’objet de soins empressés de la part des créateurs».  Les Elohim communiquent avec lui par télépathie, les antennes, et il sera même invité à bord d’un vaisseau spatial qui l’emmènera.  On apprend à Élie l’origine des hommes et c’est à bord du vaisseau spatial qu’on le transporte aux lieux où il doit répandre la nouvelle.

La multiplication des pains dont on parle au Livre des Rois n’est autre chose que la distribution d’un aliment synthétique qui gonfle au contact de l’eau.

Isaïe décrit également la présence des Elohim, le retour à l’idolâtrie et l’explosion nucléaire. 

Mais c’est dans Ezéchiel que se trouve la plus intéressante description d’un engin volant et d’Elohim en apparat de voyage interplanétaire. 

Lorsque le roi Nabuchodonosor condamne trois hommes au bûcher pour avoir refusé de pratiquer l’idolâtrie, les Elohim les sauvent au moyen d’un rayon réfrigérant.

Lorsque Daniel est jeté dans la fosse aux lions, on utilise un rayon paralysant, le temps de l’en sortir.

Toutes ces interventions des Elohim ne pouvaient pas être comprises avant aujourd’hui.

Depuis 1945 et l’explosion de la bombe atomique, la science de l’homme a fait des pas de géant.

Tout paraît possible, les fusées comme la création de la vie.  L’homme est maintenant en mesure de comprendre et de croire en ses vrais créateurs, les Elohim.  Il n’est plus besoin de recourir à «Dieu» ou des «miracles».  L’homme d’aujourd’hui, grâce à la science, est en mesure de comprendre que la baleine de Jonas n’est qu’un sous-marin et que les deux femmes qui apparaissent à Zacharie ne sont que des compagnes féminines des Elohim équipées de combinaisons de vol.

Malgré l’autonomie que la science a permis et permettra aux hommes d’acquérir, on sait néanmoins des psaumes que les Elohim surveillent toujours de leurs engins volants.

Mais si Dieu n’existe pas, qu’advient-il de l’envers de la médaille, Satan?  Il n’est rien d’autre qu’un Eloha qui fait partie d’un groupe opposé à la création d’autres êtres intelligents sur une planète aussi proche de la leur que la Terre.  Il considère l’homme comme une menace.  Au gouvernement, il est dans l’opposition.

L’intelligence et la science ont permis aux Elohim de nous créer et nous permettront d’en faire autant.  C’est à notre porte.

Les Elohim ne constituent pas l’origine de la création.  L’homme existe depuis le début des temps et crée à travers l’univers d’autres hommes, «le cycle continue».

Mais si l’homme a évolué sur Terre, les Elohim en ont fait autant sur leur planète.

Yahvé (Yahveh) ajoute :

«L’emblème que vous voyez gravé sur cet engin et sur ma combinaison représente la vérité :  c’est aussi l’emblème du peuple juif :  L’étoile de David qui veut dire :  «Il en est en haut comme il en est en bas» et en son centre le «svastika»* qui veut dire que tout est cyclique, le haut devenant bas et le bas devenant haut.  Les origines et le destin des créateurs et des hommes sont semblables et liés.»[3].

Les Elohim avaient sept bases, d’où le chandelier à sept branches (espèce de mini menora à l’image de celui à neuf branches utilisé par les Juifs à l’occasion de Hanoukka, la fête des Lumières).  La Terre entière participe à l’évolution scientifique.  Or, pour que tous les peuples, et non seulement le peuple d’Israël, puissent comprendre la révélation du mystère originel, les Elohim décident d’envoyer un «Messie».

Ce personnage, né d’une terrienne et d’un Eloha sera le Christ, chargé de répandre la vérité des écrits Bibliques.

Joseph, sans doute surpris, voire étonné, de retrouver sa Vierge enceinte, sera rassuré par un autre Eloha.

L’étoile qui guide les Rois Mages n’est autre chose qu’une fusée, les Elohim veillent au bercail.

Les Elohim disent à Joseph quand fuir en Égypte et quand revenir en Israël.  Les miracles du Christ ne sont que des applications à distance de la science connue des Elohim.

Son pouvoir de persuasion n’est autre chose qu’une forme d’hypnose télépathique de groupe.  Lorsqu’il guérit, c’est avec l’aide des Elohim agissant à distance par rayons.

Le Christ n’est pas sur Terre pour le peuple d’Israël qui connaît déjà l’existence des Elohim (qu’ils ont par contre erronément appelé «Dieu»).  Il est venu pour répandre aux autres la connaissance relative à nos créateurs.  Lorsque Jésus parle de son père, il parle de l’Eloha, Yahvé, aussi père de Raël.  Jésus est donc le demi-frère de Raël.

À partir des textes de Matthieu, on doit comprendre que deux autres planètes ont été, avec succès, ensemencées d’hommes par les Elohim.  Les hommes sur terre sont maintenant presqu’égaux aux Elohim; il leur reste à faire un peu plus de découvertes mais surtout à apprendre à vivre avec plus d’amour entre eux ainsi que pour leurs créateurs, les Elohim.

Les trois planètes ensemencées d’hommes par les Elohim sont en compétition, viendra bientôt «le jugement dernier» et la planète gagnante aura droit à l’héritage provenant des Elohim, à savoir leurs connaissances.  Ces connaissances sont tout de même en avance sur celles des hommes, et ce, de 25 000 ans.

Jésus marche sur les eaux?  Les Elohim le soutiennent au moyen d’un rayon antigravitationnel.

Aujourd’hui, au lieu de nommer «miracle» ce qui nous étonne, on cherche à comprendre et à découvrir.  La science nous permet d’accepter même ce que nous ne comprenons pas au lieu de l’attribuer à un être issu de l’imaginaire.

Ainsi, lorsqu’au beau milieu de la nuit, sur la montagne, Moïse et Élie rencontrent Jésus, sous les yeux de Pierre, Jacques et Jean, ils sont éclairés par les projecteurs de leur vaisseau spatial.  Aujourd’hui, à cause de la science, on est en mesure de comprendre le vaisseau, les projecteurs et on est en mesure d’anticiper une immortalité assurée par des moyens scientifiques.

On est en mesure de comprendre qu’après la mort de Jésus, ce sont les Elohim qui, par des moyens scientifiques, l’ont ranimé.  Il n’est pas ressuscité.

On est en mesure de comprendre que lorsque Pierre est libéré de la prison d’Hérode, c’est avec un chalumeau électronique à laser que l’Eloha a brisé ses chaînes.

Signe que les temps sont venus, le peuple d’Israël a retrouvé son pays après avoir participé à la sauvegarde de la vérité.

Quant à l’Église chrétienne qui attribue tout à Dieu, elle est en chute et s’éteindra d’elle-même sous peu.  Elle a accompli sa mission, même si elle a fait des erreurs de parcours et s’est enrichie sur le dos d’une vérité qu’elle n’a pas cherché à vraiment connaître.  Après tout, après 2000 ans d’usurpation, le Vatican n’est pas tout à fait un HLM.  Elle aura eu le mérite de répandre la Bible.

Finie la culpabilité d’un péché originel et d’une Église qui dit parler au nom de Yahvé alors qu’elle maintient dans l’ignorance dans le but de dominer.

Yahvé charge Raël de répandre la vérité à travers le monde.  Pourquoi les Elohim nous transmettraient leurs connaissances avancées si nous n’en sommes pas dignes? Justement, ils doivent être rassurés que nous en ferons bon usage.

N’ayez pas peur de créer la vie, même si vous craignez que votre créature devienne supérieure à vous et représente une menace.  Rappelez-vous que cette crainte est ce qui inspire Satan.

Vous porterez le nom de Raël «lumière des Elohim» et serez notre ambassadeur sur Terre… «nous ne débarquerons officiellement que dans votre ambassade».

Les génies doivent diriger la Terre.  On doit évaluer les intelligences et accorder le droit de voter ou d’être élu que si la personne évaluée rencontre certains niveaux.  Le vote du «con» ne doit pas valoir autant que celui du «génie», au lieu de démocratie, parlons de «géniocratie».

On doit aussi abolir le droit de propriété tel qu’on le connaît.  Des «cons» vivent dans l’opulence grâce à leurs riches ancêtres alors que des génies n’ont pas les moyens de réaliser leur plein potentiel dans le meilleur intérêt de l’humanité.

Il ne devra y avoir qu’un gouvernement sur Terre, une monnaie, une langue.

Tous les pays devront abolir le service militaire.

Pour accueillir les Elohim, on devra mettre à leur disposition l’ambassade, soit une résidence à l’abri des regards, dans un pays agréable, au climat doux, sept chambres avec salle de bains, salle de conférence, piscine, salle à manger, entourée d’un parc, maximum d’un étage, deux entrées dans les murs d’enceinte, terrasse sur le toit avec entrée et possibilité d’y atterrir en soucoupe volante et aucune surveillance militaire de l’espace aérien.  Évidemment, l’ambassade devra être en territoire neutre, partie d’aucun pays.  Raël pourra y vivre avec sa famille, ses invités… et serviteurs.

Une partie aseptisée de la résidence sera réservée aux Elohim.

Les sages et intelligents qui croient en Raël et aux Elohim vont payer pour cette résidence.  Ils seront récompensés.

Quand les gens de la Terre se réuniront une fois l’an sur une montagne près de la résidence penseront à eux et seront assez nombreux, les Elohim viendront donner leur héritage scientifique aux hommes de la Terre.

Notre religion, c’est le génie humain.

(notre soulignement)

«…à partir de n’importe quelle cellule d’un corps on peut recréer l’être»… «lorsque nous mourons vraiment, à partir d’une cellule… prélevée… nous recréons complètement le corps tel qu’il était».

Est-ce qu’il (l’Eloha) s’ennuie?  «Non, jamais car nous faisons tous des choses que nous aimons et surtout l’amour.  Nous trouvons nos femmes très belles et nous en profitons».

«Nous nous aimons tous les uns les autres.  La jalousie n’existe pas…»

L’Eloha qui enseigne à Raël est le président du conseil des Éternels, un groupe choisi dont chaque Eloha rêve de faire partie.  Ils sont éternels et vivent dans un endroit qui leur est réservé.  Moïse, Élie et Jésus, quoique terriens (du moins en partie) vivent aujourd’hui sur cette planète privilégiée des Éternels.

Sur ce, Yahvé, l’Eloha, remonte à bord son vaisseau et disparaît.

[25]           Raël nous dit donc que nous pouvons participer selon nos moyens… ou rester des primitifs.

[26]           Dès qu’il connaît la Vérité, Raël révèle, enseigne et prêche à la radio, à la télé, en personne et dans les journaux, le contenu du Livre qui dit la Vérité.

[27]           Mais il rencontre certains obstacles, on l’analyse, le critique, on le boycotte et certains osent même le ridiculiser.

[28]           Désirant se reposer et écrire, Raël se recueille sur une ferme dans un coin perdu du Périgord, petit coin de France renommé pour ses truffes et ses foies gras.

[29]           Le 31 juillet 1975, en présence de sa compagne d’alors et d’un ami, il aperçoit une soucoupe volant au dessus de la maison.  À la réunion du mouvement raëlien tenue le 6 août, on lui fait remarquer qu’il s’agit du 30e anniversaire de l’explosion de la bombe d’Hiroshima.  «Hasard diront les imbéciles».

[30]           Le 7 octobre, seul cette fois, vers 23 heures, il est épris d’une soudaine envie d’aller se balader dans la fraîche campagne du Périgod.

[31]           Une immense boule de feu descend derrière les buissons.  Il le reconnaît, c’est le vaisseau spatial de Yahvé.  Il y monte et on le transporte sur une base elohimienne située près de la Terre.  On le félicite de son travail accompli à ce jour.  On lui explique que le svastika (croix gammée) dans leur emblème signifie le cycle de vie (s) où l’homme soit évolue vers le paradis en adhérant à la paix ou soit retourne à l’enfer du stade primitif.

[32]           On lui enseigne ce qui suit.  Puisqu’il n’y a ni Dieu ni âme, il n’y a rien après la mort si la science ne fait rien pour qu’il y ait quelque chose.

[33]           À sa mort, l’homme perd de l’énergie, c’est ce qui explique qu’il perd aussi quelques grammes.

[34]           On fait partie de l’infiniment grand et de l’infiniment petit[4], dans le temps et l’espace… rien ne se perd, rien ne se crée…[5]  «Il en est de même à l’infini des niveaux de la vie, c’est ce que représente la deuxième partie de notre emblème, l’étoile de David composée de deux triangles imbriqués l’un dans l’autre, ce qui veut dire «ce qui est en haut est comme ce qui est en bas».  Avec le svastika* ou croix gammée, qui signifie que tout est cyclique, au milieu de l’étoile à six branches, vous avez notre emblème qui contient toute la sagesse du monde»[6].

[35]           La science dans la paix pourrait mener au paradis terrestre.  Là, pas de travail… pas de syndicat… pas de patron… pas de famille… pas de patrie.  L’homme n’a qu’à penser, créer et s’épanouir.

[36]           On le fait monter à bord d’un plus gros vaisseau spatial et on part à nouveau.  Cette fois, il atterrit (si on peut dire) sur une autre planète dite «des Éternels», à l’allure paradisiaque.  Il y est accueilli par d’autres Elohim et par des êtres ressemblant à des terriens.

[37]           On s’assoit sur des fourrures épaisses, on déguste des fruits et viandes grillées avec sauces et boissons assorties.  Musique merveilleuse et danseuses nues sont au menu.

[38]           Il est assis à la droite du premier Eloha rencontré.  C’est son père Yahvé qui lui explique qu’ils sont sur la planète des Éternels, petit paradis exclusif à certains hommes et Elohim.  Les serviteurs, comme les danseuses, ne sont que des robots biologiques… on en produit pour satisfaire tous les besoins.

[39]           Personne n’est donc exploité et les hommes et femmes éternels peuvent s’unir librement (tout en étant stérilisés pour éviter de contaminer la planète).

[40]           Chaque homme ou femme peut avoir le nombre de robots biologiques requis par ses fantasmes à titre de compagne(on), au choix.  Forme, physionomie, taille, mensurations, visage… selon nos désirs.

[41]           La vie sur cette planète, c’est la recherche, la musique, la création, la méditation… l’amour…, manger et boire.  Il n’y a pas d’hiver et il fait toujours beau.

[42]           La sensualité, c’est l’ouverture sur le monde extérieur et tous les plaisirs sensuels sont positifs. 

[43]           Les Elohim sont déçus du fait que les hommes qu’ils ont créés cachent leur(s) œuvre(s).  La nudité, c’est bien et sur la planète des Éternels, tous tout nus.

[44]           Jésus, beau jeune homme, est avec eux.  Sont également là Moïse, Élie, Bouddha et Mahomet.

[45]           On l’amène à la machine qui crée des robots biologiques et lui fait des démonstrations dont une reproduction de lui-même qu’on s’empressera plus tard de détruire.

[46]           Après toutes ces péripéties, on le conduit à sa chambre.  Intérieur tapissé de fourrures, immense baignoire, très grand lit… «Voulez-vous des compagnes?»  On le conduit à la machine qui construit des robots, un cube lumineux apparaît, il met un casque et une jeune fille brune surgit dans le cube.  Elle bouge pour se mettre en valeur.  Selon le guide qui l’accompagne, c’est un modèle prisé par les résidents de la planète.

[47]           Ensuite surgit une capiteuse blonde, puis une rousse sensuelle, puis une femme de race noire, puis une Chinoise élancée et enfin une jeune Orientale voluptueuse.  Il les veut toutes… qu’à cela ne tienne, elles vont toutes avec lui à sa chambre.  Il y prend le plus inoubliable des bains, les robots se soumettent à tous ses fantasmes.  Musique et danse sont au rendez-vous.

[48]           «Enfin, au bout d’un moment, j’allai me coucher et passer la plus folle nuit de mon existence avec mes merveilleuses compagnes», nous dit-il.  Le lendemain, de par une autre machine, il devient les yeux, les oreilles et la bouche des Elohim.  Raël, de retour sur Terre, les Elohim pourront voir l’homme et lui parler par son entremise.  D’immenses ordinateurs surveillent d’ailleurs chaque homme pour en faire le bilan.

[49]           Le message des Elohim à l’homme :  vous aurez accès à ce paradis si vous suivez Raël.

[50]           Les Juifs sont, sur Terre, les descendants des fils d’Elohim accouplés avec des filles de Terriens dont il est question dans la Genèse.  La faute de ces Elohim c’est de s’être unis à de simples terriennes. Qu’ils se le tiennent pour dit, ce serait une nouvelle faute pour les Juifs de ne pas reconnaître Raël comme leur envoyé.  Raël doit retourner sur terre et préparer le retour des Elohim… et il lui faut son ambassade.

[51]           Idéalement, l’ambassade devrait être constuite en Israël sur un territoire que le gouvernement de ce pays donnera à Raël.

[52]           Le mouvement créé par Raël, le dernier prophète envoyé par les Elohim, doit devenir la religion des religions, une religion athée.

[53]           Ceux qui suivront Raël devront obéir aux nouveaux commandements :

-        se présenter une fois devant le Guide des guides

-        penser aux Elohim à chaque jour

-        répandre le message

-        remettre à chaque année au Guide des guides 1% de ses revenus

-        inviter le Guide de la région une fois l’an

-        le Guide des guides désignera, s’il y a lieu, son successeur.

[54]           Quant à Israël, les Elohim lui donnent une nouvelle chance :  donner le territoire pour l’ambassade près de Jérusalem et suivre Raël.  Sinon, l’État d’Israël sera détruit à nouveau.  D’ailleurs, si le peuple d’Israël avait reconnu Jésus, c’est Jérusalem qui aurait rayonné dans le monde au lieu de Rome.  Cette fois, Israël ne doit pas manquer le rendez-vous ni rater sa chance et doit reconnaître Raël.

[55]           Fourré de toutes ces révélations, Raël est ramené sur Terre.

[56]           De retour chez nous, Raël part en mission, prêche, voyage, publie des livres, utilise toute forme médiatique pour répandre le message des Elohim.  Bref, de par ses faits et gestes, il devient un personnage public de qui bien des gens disent bien des choses.

[57]           Avec son Église, grâce à la générosité de sa suite, de ses partisans et de ses disciples, il réussit à cumuler des millions de dollars (US) pour pouvoir un jour construire l’ambassade, le Troisième Temple, et évidemment assumer dès à présent son coût de vie.

[58]           L’avènement des découvertes dans le domaine du clonage confirme, selon Raël, l’essence même du message des Elohim.  Dorénavant, on pourra cloner des humains et ce n’est qu’un début, dit-il.  C’est la voie de la découverte de la vie éternelle.  Il restera à transférer dans nos clones l’information mentale, la mémoire et la personnalité.

[59]           Il dit en page 315 de son livre Le Message donné par les Extra-Terrestres «Les lois humaines devront être adaptées à nos changements de culture et à l’accroissement de l’avance technologique et je suis très fier d’avoir créé Clonaid, la première compagnie de clonage qui peut être maintenant consultée sur Internet, sur son site étant : www.clonaid.com».

[60]           En terminant, il confirme la prophétie de Balzac et dit «Avec la disparition de toutes les religions primitives, le vide devra être comblé…»

[61]           Raël publie plusieurs volumes[7] et y développe, de façon encore plus détaillée, les thèmes importants de sa religion athée, notamment la méditation sensuelle (pour atteindre l’orgasme cosmique), la géniocratie (système politique où ne votent que ceux qui ont un certain degré de génie), l’accueil des extra-terrestres (construction de l’ambassade) et le racisme socialiste (prise de position contre les politiques anti-«sectes» en France).

[62]           C’est donc, entre autres, en toute connaissance de ces révélations de Raël que Gratton écrit la chronique qu’on lui reproche.  Mais pourquoi l’écrire le 23 janvier 2003 ?  Gratton témoigne que c’est à cause du contexte particulier de cette époque.

          1.2    Le contexte

[63]           Par intérêt personnel et dans le cadre de ses fonctions, Gratton lit quotidiennement bon nombre d’articles de journaux, sous toutes leurs formes, et prend connaissance des reportages présentés à la radio et à la télévision.

[64]           Au procès, il en produit 47 publiés entre le 25 mars 1989 et l’hiver 2002, période de l’annonce d’un clonage humain.  On y parle de religion nouvelle, d’ambassade pour recevoir les extra-terrestres, de la création d’un UFOland près de Valcourt (petit coin du Québec connu pour ses skidoo), de la distribution raëlienne de condoms aux portes des polyvalentes, des conférences raëliennes sur les bienfaits de la masturbation, du fait que les raëliens aiment faire parler d’eux (couverture médiatique et participation), de la doctrine de Raël, que c’est grâce aux Elohim s’il y a eu entente entre l’OLP et l’État d’Israël, des campagnes de fonds raëliennes, que Raël ne tolère pas la critique, campagne de dénigrement contre l’Église catholique, incitation auprès des jeunes à apostasier leur foi et à brûler des crucifix, condamnation de quatre raëliens par la justice française pour corruption d’adolescentes initiées à atteindre «l’orgasme cosmique», la business lucrative de Raël, campagnes de recrutement dans les écoles, qui selon un tribunal français ils ont «savamment entretenu la débauche de mineures», que Raël aurait accumulé des millions, ce que veulent les raëliens c’est de l’attention, parlez en mal ou en bien mais parlez-en, événement relevant du cirque, un gourou, genre Klu Klux Klan, Raël a mis sur pied Clonaid une société de clonage, le délire raëlien, il faut démasquer de telles sectes, coup de publicité gratuite, des fumistes, party à la piscine du Stade Olympique, tirage de cadeaux, réputation de provocateur, Jésus est le premier clone, les Elohim lui ont downloadé sa mémoire, Jésus est venu parce que les Juifs gardaient jalousement pour eux l’Ancien Testament, la machine à robots et les poupées gonflables, laboratoire clandestin de clonage aux U.S.A. et la scientifique du groupe raëlien, catalogue de Clonaid (prix 200 000 $), la secte propose des clones moyennant… offre sur Internet, la sexualité de groupe, un soucoupisme athée, Raël accusé de prosélytisme anti-scientifique au Sénat américain, Raël annonce qu’un couple d’Américains ont promis deux millions de dollars à Clonaid.  «Dans une conférence de presse qui tenait davantage du coup de marketing que de la rigueur scientifique, Raël a présenté hier quelques-unes des femmes qui, espère-t-il, deviendront les premières mères de clones humains», «le chef spirituel des raëliens maintient le cap et annonce qu’un laboratoire est présentement en construction», «nous avons pris le couple le plus riche», révèle Raël, Clonapet pour votre animal domestique, leur but la propagande, «avec votre bébé cloné», «visibilité internationale», «il nous faudra autre chose pour que les gens continuent à nous critiquer et à s’intéresser à nous», projet de mise en place d’une chaîne de télévision, diffusion d’un jeu de sexe virtuel interactif, déranger l’opinion publique, «Nous devenons Dieu», le message passe bien «particulièrement au Québec», «long list of media stunts has helped Raelians stay in public consciousness», etc…, etc…, etc… également tous lus par le Tribunal.

[65]           Bref, tout est bon pour faire parler de soi.  Amusée, parfois choquée, la presse joue le jeu.

[66]           À compter de l’hiver 2002, jusqu’à la publication de la chronique en cause de Gratton, la couverture médiatique s’intensifie et Gratton lit… lit… et lire fait partie de son travail.  À cela s’ajoute l’énorme couverture accordée par les réseaux de télé et radio.

[67]           Le clonage humain est sur toutes les lèvres.

[68]           Les médias rapportent :  «Les raëliens prétendent qu’une femme donnera sous peu naissance au premier clone humain», «Clonaid annonce avoir réussi le premier clonage humain», «Certains scientifiques le croient», «Pari gagné pour Clonaid», «Clonaid a des liens spirituels… avec les raëliens», «The group is just hungry for attention», «Cloning has put the Raelians back in the spotlight and Raël will do what he can to stay there», «Opinion varies on ethics of human cloning», etc.

[69]           À titre d’exemple, le 30 décembre 2002, dans le cadre de l’émission Canada AM, télédiffusée à CTV, Raël explique:

«O’REGAN :  So, I would clone my body, then take my brain out of my present body and put it in the new one?

RAEL: No, no, absolutely not.  Right now, let’s say you want to have a baby through cloning.  We take a cell from your body and you need a nine-month interval with a mother to have a baby.  And then you need 18 years to have an adult person.  This takes a long time.  And it’s not you because this child will develop a different personality, will have a different education, and will become someone very different indeed.

But through what we call axiomatic growth process we take a cell from your body and in a few hours with a special technology by accelerating the cellular multiplication you can have an adult clone of yourself.  Like a blank tape: no memory, no personality.  Then, like you do it between computers, you download or upload all of what makes you who you are – your memory, your personality – inside the new body when you are about to die.  So you can continue to be alive in the new body.»[8]

[70]           Malgré les promesses, les annonces et les prévisions, ni Raël ni la prêtresse raëlienne Brigitte Boisselier (qui dit pratiquer le clonage) ne produit de preuve de ce qu’ils avancent.

[71]           Les journalistes réagissent :  «Raël un p’tit vite», «Supercherie», «L’étau de resserre autour de Clonaid», «Question de crédibilité de la presse».

[72]           Dans le feu de l’action, Clonaid annonce la naissance ou la production d’un deuxième clone ainsi que l’attente de trois autres.

[73]           Cette fois, la presse est moins crédule ou incrédule, selon la perspective.  Entre autres, le 6 janvier 2003, Nathalie Petrowski écrit : 

«[...] L’ancienne fée Carabosse aux cheveux aussi noirs que Pierrette Robitaille dans L’Odyssée d’Alice Tremblay avait pris soin de passer chez le coiffeur avant de se pointer devant les caméras au lendemain de Noël.  Elle arborait maintenant une mauvaise teinture carotte striée de gris et sans doute concoctée par un extraterrestre épileptique.  D’un sourire proprement carnassier, elle nous annonça le plus sérieusement du monde que le divin clone était né.  Les preuves?  La fée Carabosse n’en avait aucune et n’allait certainement pas gâcher une si belle histoire avec des preuves et des faits.  Non mais…

Faute de clone concret à se mettre sous la dent, les réseaux américains se ruèrent sur « the next best thing » :  Raël lui-même en personne, qui eut droit à ses 15 minutes de gloire sur toutes les chaînes confirmant, à ceux qui en doutaient encore, une seule chose : advenant la légalisation du clonage, des engeances comme Raël devraient en être exclues pour des raisons humanitaires évidentes[...]»[9]

[74]           Bon nombre de chroniqueurs se moquent de plus en plus de Raël et de son mouvement, son Église, ses avancés, ses théories et ses doctrines.

[75]           Vastel parle d’indépendantiste cloné, Goupil parle de la soucoupe volante de Raël, Godin parle de Clonaid, Le Blanc parle de «charlatan de Raël», Mitchell suggère «laugh this one off».

[76]           Même le monde juridique s’en mêle.  «Lawyer Claims Cloned Baby Needs Legal Guardian», il y va sans doute du meilleur intérêt de l’enfant.

[77]           Et la presse continue :  «Arrêtez-les quelqu’un», «Clone ou Clown», «Fumistes et diaboliques», «Un manipulateur», «Un méfait grave», «Canular ou exploit», «Propagande enrobée d’un mélange d’arnaque et de cupidité».

[78]           Foglia demande s’il y a une génitrice dans la salle et Asselin «les affirmations de Raël jusqu’ici et l’histoire du projet de clonage jettent de sérieux doutes sur sa crédibilité».

[79]           Yves Boisvert, pourtant un journaliste sérieux dont on connaît l’habitude des questions juridiques parle de «Mensonge volant non identifié» et dit : 

«[...] Pour ce qui est de la manipulation des médias, elle est d’autant plus gênante et d’autant moins pardonnable que les messagers sont notoirement non crédibles.  On ne peut pas donner le bénéfice du doute à quelqu’un qui dit avoir rencontré un extraterrestre dans un volcan et être allé faire un tour de soucoupe volante.

[...]

Il y a plein de gens pas fumistes pour deux sous qui croient aux extraterrestres, me direz-vous.  Et croire aux miracles n’est pas plus raisonnable.   Peut-être.  Mais croire à un phénomène surnaturel est une chose; en être le témoin et le participant en est une autre.

Pour moi, quelqu’un qui dit avoir fait un tour de soucoupe volante est un menteur ou un lézardé du bocal.  Je confesse ce genre d’étroitesse d’esprit.

Il n’est pas question, dans les circonstances, de présumer de la bonne foi de gens comme Raël ou ceux qui travaillent dans sa mouvance.  Quand Boisselier affirme qu’il y a eu clone, quant Raël parle, je présume qu’il ment.  Ce n’est pas neutre.  Le fardeau de la preuve repose sur ses épaulettes en caoutchouc.

[...]

Je trouve donc la question de savoir si l chose est arrivée ou non d’un intérêt certain.   Je ne trouve pas secondaire la question de savoir jusqu’à quel point une secte d’amis de l’extraterrestre nous a tous fourrés.  Et jusqu’à ce qu’ils apportent les éprouvettes, je postule que nous l’avons été[...]»[10]

[80]           Dorin demande qui veut se faire cloner et Ritter nous rappelle qu’on n’a toujours pas de test d’ADN et que Clonaid n’a aucune crédibilité.

[81]           Morin, parlant «De la réalité à la raëlité», mentionne : 

«[...] Bref, des nouvelles, il y en a tout le temps.  Et je parie que si Raël et sa groupie avaient annoncé la naissance du clone Ève en plein milieu de février, ils auraient quant même fait les manchettes.  La raison en est fort simple :  la monstruosité de leur posture idéologique soulève une nausée universelle.

J’ai beau ne rien connaître à la génétique et à toutes les perversions auxquelles on peut soumettre cette science, quelque chose me dit que ce que font Raël et la cocotte de Clonaid, si tant est qu’ils le font vraiment, est un crime horrible.

[...]

Ce qui me révolte le plus dans les idioties véhiculées par Raël, c’est son désir avoué de se servir du clonage reproductif à des fins bassement narcissiques.  Car, selon lui, ce clonage permettrait à quelqu’un de vivre éternellement puisqu’il pourrait sans cesse reproduire une « photocopie » de lui-même.  Ce qui, en soi, est une aberration, puisque ce n’est pas seulement la coquille externe qui fait l’individu, mais aussi son bagage de vie, bagage fait d’émotions et d’expériences qui sont, par définition, toujours différentes.

[...]

Tout en espérant aussi que nous saurons collectivement remettre à leur place les imposteurs qui jouent les Créateurs.»[11]

[82]           Chang, sérieusement, «Human cloning claim may be elaborate hoax» alors que The Record, un peu sur le tard, demande «Show proof of cloning».

[83]           The Canadian Press «Clonaid boss Brigitte Boisselier’s 15 minutes of fame may be running out», La Presse «La nature a horreur du vide», Le Devoir «Ève, un clone virtuel», «Clone ou Clown», «Quand la science et la crédibilité font équipe», La Presse canadienne «Brigitte Boisselier, personnage controversé».

[84]           C’en est fait, les médias se sont fait avoir, réalisent l’impertinence de la couverture donnée à Raël et aux siens et ils ne trouvent pas ça drôle.  Il y va de leur intégrité et de leur réputation auprès de leur public.

[85]           Pratte parle de «Raëlité Show», Gagnon de «L’urgence d’agir» et Dufort se déguise en clone de Raël au grand rire d’un certain public.

[86]           Le Blanc rétorque : 

«Claude Vorilhon, ce maître ès arts en charlatanerie, fondateur de la secte « clonesque » dite des raéliens qui affirme avoir mangé dans une soucoupe volante en compagnie de Jésus, Moïse, Mahomet et Bouddha, aspire vraisemblablement à se cloner.  S’il met sous peu son Claude II en chemin, ce dernier aura, semble-t-il de 95 à 97% de chances de souffrir tôt ou tard d’un handicap ou d’une dysfonction graves.  Rien ne justifie qu’on prenne de tels risques.

[...]

Que penser des adeptes raéliens (ceux qui versent à la section jusqu’à 11% de leur salaire net), sinon qu’il doit manquer à plusieurs une couple de bardeaux?  Adhèrent-ils vraiment à la doctrine « géniocrate » de Vorilhon qui veut que seuls les êtres les plus intelligents votent et que, parmi cette élite, seuls les supérierement intelligents soient éligibles?  Si oui, nous sommes en plein délire.  Pour fini, voir les « poupounes » du harem raélien en pâmoison devant leur procréateur et des journalistes sourire chaleureusement au pape et à l’évêque raéliens me laisse bouche bée.»[12]

[87]           Même le grand CNN parle de «Mentors ou menteurs cosmiques» et La Tribune «Ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle».  Et la presse continue «Non au clonage humain», «Des blagues clonées et de sérieux dangers», «un clonage peut en cacher un autre».

[88]           Sans doute blessé, Alain Dubuc nous dit : «Oui, il y a un père Noël pour les médias :

«Mais ce n’était pas vraiment un hasard.  Raël, de son vrai nom Claude Vorilhon, maître de l’autopublicité et de la manipulation médiatique, ex-journaliste lui-même, ce qui montre à quel point ce métier mène à tout, a exploité à fond les besoins des médias et leur a fourni ce dont ils avaient besoin pour ce creux des Fêtes afin d’obtenir l’impact maximal.

[...]

Mais il y a certainement eu une dérive, ou à tout le moins un emportement, ici et partout ailleurs dans le monde, lorsque l’on a continué à prendre au sérieux une histoire qui l’était de moins en moins, et que les contradictions, les absences de preuves, les revirements on transformé le débat de société en canular.  Les médias n’ont pas été manipulés, mais ils ont plutôt joué le rôle de victimes consentantes.

La logique aurait plutôt dû nous mener, et surtout à nous, les médias québécois, qui connaissons bien le bonhomme, à refuser d’accorder à Raël, dès le départ, le bénéfice du doute, Sa carrière et sa religion reposent sur un gros mensonge, le fait qu’une race d’extraterrestres qui ont créé la vie sur terre, les Élohim, l’aient contacté pour qu’il construise une ambassade pouvant les accueillir.  Cela fait de Raël, par définition, un fabulateur.  Pourquoi le croire maintenant?

[...]

Mais ce principe fondamental n’implique absolument pas que nous respections ou que nous prenions au sérieux ses convictions parfaitement loufoques, que nous mettions sur le même pied toutes les croyances, au nom d’un relativisme troublant, ou que nous acceptions, comme plusieurs médias électroniques l’ont fait, notamment le réseau CNN, d’appeler Raël sa sainteté, par souci d’équité avec le pape!»[13]

[89]           Denis Lessard, parlant d’une sexualité sans contraintes écrit : 

«Le nom de Raël (alias Claude Vorilhon) est sur les lèvres de bien des gens, un peu partout sur la planète, depuis l’annonce, en décembre dernier, que les raéliens auraient réussi un premier clonage humain.  La Presse s’est entretenue cette semaine avec deux ex-raéliens, qui expliquent comment Raël et quelques collaborateurs obtiennent les faveurs des plus jeunes et jolies membres de la secte.  Les fils d’Élohim «s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles.  Ils prirent donc pour eux des femmes parmi toutes celles qu’ils avaient élues».  La Genèse le dit… et Raël aussi.

[...]»[14]

[90]           Boisvert revient à l’assaut «Extra-terrestres… et publicité» et Lessard «Le clonage :  un canular».

[91]           Jean-Guy Dubuc :

«Les médias sont mis en accusation par la population :  ils ont fait le jeu de Raël, ils se sont laissés berner par un manipulateur, ils se sont fait racoleurs pour vendre de la copie.  Un lecteur a même écrit à La Presse :  «Raël sait comment attirer l’attention des médias.  Et les médias, tous, sont assez crétins pour tomber dans le panneau.»  Si c’est «tous», c’est donc nous aussi.  La Couronne a parlé; la défense peut réagir.

[...]»[15]

[92]           Bégin, suite à une entrevue avec une ex-compagne de Raël «Son but, c’est d’avoir des femmes»:)

«Ambert, France – Doté d’une grande intelligence, mais aussi égoïste, manipulateur et motivé par une insatiable soif de femmes, de notoriété et d’argent.  Tel est le portrait sans complaisance que brosse de Claude Vorilhon, alias Raël, la personne qui l’a sans doute le mieux connu :  son ex-femme, que La Presse a retrouvée en France ce week-end.

[...]»[16]

[93]           Mais, graduellement, les médias réalisent qu’à vouloir trop critiquer, on joue le jeu de Raël, on lui donne la manchette.

[94]           Therrien dans Le Soleil : 

«Ras-le-bol d’entendre parler de Raël et de sa sorcière aux nouvelles?  Si ça se trouve, le duo aura bientôt son talk-show à TQS, entre Les Insolences d’une caméra et Testostérone…

[...]»[17]

[95]           Pendant que certains continuent d’entretenir des réflexions sur le clonage humain, d’autres continuent de voir dans les interventions continuelles et provocantes de Raël auprès des médias comme «Une grosse farce pour des gens en manque de publicité».

[96]           Martineau, dans ses mots, élabore : 

«Chaque année, les publicitaires du Québec se réunissent afin de couronner les meilleures campagnes de pub.  Je ne sais pas ce qui va se passer lors de leur prochain gala, mais j’espère que nos bonzes du marketing décerneront un prix spécial à Raël.  Il le mérite amplement.  En moins de temps qu’il n’en faut pour crier «Arnaque!», l’ami des extra-terrestres est devenu une célébrité mondiale, au même titre que Kenny, l’enfant-tronc.

[...]

Comment Raël a-t-il réussi ce coup fumant? 

[...]

Cela dit, même si Raël est parvenu à mettre tout le monde dans sa petite poche en faisant exploser[...]

Afin d’aider Raël à supplanter les scientologues en tête du palmarès des illuminés les plus riches au monde, voici de judicieux conseils, tirés du livre Comment faire sa publicité soi-même, de Claude Cossette et Nicolas Massey (Éditions Transcontinental).

[...]»[18]

[97]           Et ça continue :  «La planète des dingues», «Are these people for Rael?»  Et si c’était une blague?  Raël répond devant Cardinal : 

«[...] Si elle a accompli une percée historique, on devrait lui décerner le prix Nobel, a lancé Raël à un parterre de gens en pâmoison.  Et si c’est une blague, elle a fait un événement historique aussi puisque ce serait la plus belle blague scientifique», a-t-il ajouté avant de la désigner comme son successeur advenant son passage dans l’au-delà.  «Que ce soit vrai ou non, et encore plus si ce n’est pas vrai, a-t-il ajouté.  «Ça permis de faire connaître notre message au monde entier.»

[...]»[19]

[98]           Devant les médias qui critiquent, Raël dénonce un «complot» mondial politique, journalistique et religieux.  Raël déclare aux médias «Brigitte Boisselier devrait recevoir le prix Nobel».

[99]           Les médias rétorquent, Gagné : «Assez c’est assez».

[100]       Qu’à cela ne tienne, les Raëliens parlent maintenant de «candidats raëliens aux prochaines élections du Québec»… les médias embarquent… d’autres raëliens disent que c’est un mensonge… les médias embarquent.

[101]       Sur la grande question, «Clonaid refuse toujours de dévoiler des preuves sur les clonages» et, quelle belle surprise, «Ève, le supposé bébé cloné, serait au Canada».

[102]       Nous sommes au 23 janvier 2003 et à 105 articles plus tard.  Toutes ces publications ne sont qu’une infime partie de ce qui fut diffusé à travers le monde sur Raël et le clonage à l’époque et dont Gratton connaissait la teneur au moment d’écrire sa chronique le 23 janvier 2003.

[103]       Que disait-il déjà?  Dans une chronique où le titre et le contenu traitent principalement de la pluie et du beau temps (en fait on est en hiver et, au Québec, il fait froid), de son chat, de son chien et des mésanges, Gratton fait une pause et dit :

«[...] J’arrête un instant.  Que veut dire «refroidissement éolien»?  Et «éolien», n’est-ce pas le nom des extra-terrestres qui ont kidnappé Raël?  En parlant de Raël, peut-on cesser, s’il vous plaît, de parler de lui dans les médias.  On joue son jeu et il est mort de rire avec toute cette publicité gratuite qu’il reçoit.  Le bonhomme est un escroc de la pire espèce, un gars d’arnaque professionnel et un enjôleur hors pair.  Plus on parle de lui, plus il est heureux et plus cet effronté floue d’honnêtes gens.  La meilleure façon de s’en débarrasser est de l’ignorer.  Et pensez-y, si les extra-terrestres sont si intelligents, pourquoi auraient-ils choisi ce clown comme porte-parole?

Bon.  Je me suis défoulé et ça fait du bien.  Merci pour votre patience.  Et à compter d’aujourd’hui, plus un mot sur cet hurluberlu.

(Et je vous avertis, chers lecteurs, ne m’écrivez pas pour me donner le bon nom des amis extra-terrestres de cet énergumène.  J’oublie comment il les appelle et je m’en fiche éperdument).

[...] C’est à rendre fou le froid.

Doit-on conclure qu’il doit faire très froid sur la planète des «éoliens»?

[104]       Il en a ras-le-bol d’entendre parler de Raël et résume sa frustration en quelques lignes perdues dans un texte traitant d’autre chose.

[105]       Gratton use, à l’endroit d’un certain Raël, de termes qui, en soi, sont de nature diffamatoire.  Dans tout ce tapage médiatique, le défendeur avait-il besoin, comme chroniqueur, de relater les faits?  Et les propos du chroniqueur constituaient-ils dans ces circonstances une diffamation entraînant condamnation pour dommages?

2.  Analyse

[106]       Dans Barreau du Québec, Service de la formation permanente, Développements récents sur les abus de droit (2005), volume 231[20], Me Gérald R. Tremblay tient à juste titre les propos suivants :

Le droit à la réputation est un droit fondamental protégé tant par le C.c.Q. [art. 3 et 35] que par la Charte québécoise [art. 4].  Ce droit est cependant souvent confronté à d’autres droits garantis par la Charte comme le droit à la liberté d’expression, également protégé tant par la Charte canadienne [art. 2 b)] que par la Charte québécoise [art. 3].  Cependant, il est indéniable que le droit de l’un à s’exprimer librement ne peut être interprété comme comportant le droit de mentir sur le compte d’autrui ou de nuire à sa réputation sans justification légitime.  En d’autres termes, comme le souligne l’article 7 C.c.Q., l’abus de ces droits fondamentaux comme de tout autre droit peut être sanctionné par les tribunaux.

Dans cette perspective, le droit de la diffamation concerne le difficile équilibrage qui doit d’établir entre eux, soit le moment où l’exercice du droit d’expression devient abusif et ouvre la voie aux recours offerts à celui qui en subit un préjudice.

Il est indéniable que la liberté d’expression et son corollaire, la liberté de presse, jouent un rôle essentiel dans toute société démocratique.  La Cour suprême du Canada a eu l’occasion de confirmer l’importance de ces libertés fondamentales à maintes reprises.   Ainsi, le juge Cory écrivait dans l’arrêt Edmonton Journal :

      Il est difficile d’imaginer une liberté garantie qui soit plus importante que la liberté d’expression dans une société démocratique.  En effet, il ne peut y avoir de démocratie sans la liberté d’exprimer de nouvelles idées et des opinions sur le fonctionnement des institutions publiques.  La notion d’expression libre et sans entrave est omniprésente dans les sociétés et les institutions vraiment démocratiques.  On ne peut trop insister sur l’importance primordiale de cette notion.

[107]       Une victime d’atteinte à la réputation peut obtenir réparation par le biais de l’article 49 de la Charte québécoise mais aussi par celui de l’action en dommages prévu au Code civil (art. 1457 C.c.Q.).

[108]       En définitive, on retient que le demandeur doit prouver, de façon prépondérante, que le défendeur a commis une faute, qu’il a subi des dommages et que la faute du défendeur est la cause de ses dommages.

[109]       Toute parole qui cause des dommages n’est cependant pas motif à recours.

[110]       Le tribunal doit, en tenant compte du contexte, décider s’il y a eu négligence ou conduite malveillante de la part du défendeur avant d’accueillir une demande pour dommages compensatoires.

[111]       Il y a même possibilité pour le tribunal d’octroyer des dommages punitifs dans les cas d’atteinte illicite et intentionnelle.

[112]       Mais lorsqu’une personne publique subit déjà les foudres de l’ensemble des médias à cause de son comportement, il est difficile de prétendre qu’une simple chronique isolée lui a causé beaucoup de dommages.

[113]       En fait, plus on aspire à la notoriété, plus on s’expose à la critique.  Si, au surplus, on prend des moyens originaux et discutables pour atteindre cette notoriété, on s’expose à une critique plus originale, voire sévère et même cinglante.

[114]       Dans un tel contexte, une personne doit être disposée à accepter une critique à la mesure de ses écarts puisque le tribunal devra se demander si elle n’a pas, par sa conduite, provoqué les propos diffamatoires.

[115]       À cet égard, il est opportun de rappeler que les propos d’un chroniqueur ne sont pas ceux d’un éditorialiste.  On s’attend à ce que le premier amuse et à ce que le deuxième analyse.

[116]       Notons d’abord que le nom du demandeur en étonnera bon nombre.  La chronique reprochée ne parle que du sobriquet Raël.

[117]       Dans sa toile de fond, Claude Vorhilon, sous le nom de guerre Raël, condamne d’abord les Juifs qui continuent de croire en un Dieu imaginaire alors que, puisqu’ils sont si doués, ils devraient comprendre qu’ils sont sortis de la cuisse des Elohim, leurs véritables créateurs.

[118]       Sous le même surnom, il condamne aussi avec véhémence l’Église chrétienne qui, au lieu de consacrer ses énergies à comprendre le véritable message de son demi-frère Jésus, a utilisé ses enseignements pour mieux exploiter la crédulité qui touche à la bêtise des Hommes.

[119]       Ce faisant, il se veut manifestement provocateur.  En l’instance, il n’est pas question de déterminer quelle religion dit vrai.  Il est question d’un demandeur qui dit ne pas avoir été respecté et d’un défendeur qui rétorque qu’il ne méritait pas de l’être.

[120]       D’une part, le demandeur, sous l’alias Raël, raconte d’abord l’histoire de ce qui lui serait arrivé.   Pour bien comprendre, au Québec, on pourrait dire que Claude Vorhilon est à Raël ce que Michel Noël est au Capitaine Bonhomme ou ce que Jacques Desrosiers est à Patof, à la différence que Raël demande à ses disciples de croire ses contes. 

[121]       Les gens sont libres de croire et nul ne saurait le leur reprocher, si ce n’est au nom d’une certaine lucidité.

[122]       D’autre part, les enseignements de Raël, dont le tribunal ne juge pas du mérite, constituent une attaque en règle des religions juives et chrétiennes tout en les embrassant pour ce qu’elles lui fournissent de matériel.

[123]       Certaines choses sont de connaissance judiciaire et il en va des deux religions analysées et commentées par Raël.

[124]       Le Judaïsme est une religion dont les patriarches sont Abraham, son fils Isaac et son petits-fils Jacob.  On retrouve leurs hauts faits dans la Genèse, le premier livre de la Bible, dont parle et qu’interprète Raël à sa façon, comme on l’a vu.  La religion juive s’organise en grande partie vers le XIVe siècle avant Jésus-Christ avec Moïse qui dirige le peuple hébreux fuyant l’Égypte où il avait été soumis à l’esclavage.

[125]       Pendant leur longue errance dans le désert, Dieu parle à Moïse, leur chef, et conclue un pacte avec le peuple juif.  Moïse reçoit les dix commandements qui constituent la base du code moral et religieux du peuple choisi.

[126]       C’est donc une religion monothéiste bien structurée fondée sur ce dialogue avec Dieu.

[127]       Aujourd’hui, les Juifs vivent partout sur la Terre et sont de toutes les races.  Néanmoins, peu importe où ils vivent, ils partagent une foi et une dévotion centrée sur l’histoire sainte, la Loi et la famille.  Cette Loi, c’est la Torah que Raël tente de reprendre dans son Livre qui dit la Vérité et dont le Tribunal a fait un résumé.  En fait, aux enseignements de Raël, il ne manque que les poignées, le rouleau, le yad, le manteau et l’arche d’alliance.

[128]       L’Étoile de David est le symbole central du judaïsme.  Pour les Juifs, pour qui la vie familiale est si importante, l’Étoile de David est composée de deux triangles inversés.  L’un représente le soleil, le feu et l’énergie masculine alors que l’autre représente la lune, l’eau et l’énergie féminine.

[129]       Raël, conçu en 1945, prétend que c’est par hasard que le symbole des Elohim est cette même étoile qui brille, cependant, autour d’un svastika.  Avec ses enseignements sur les bienfaits de la géniocratie, dont la ressemblance avec le nazisme est sans doute également le fruit du hasard, la provocation est de taille.  Pour Raël, dans le contexte occidental d’après 1945, nous souligner que le svastika existait en Inde, avant même l’hindouisme, n’est pas d’un grand secours pour sa crédibilité.  Il voulait provoquer, il a réussi.  Toute référence à l’une des empreintes du pied de Bouddha ne serait pas plus amusante.

[130]       Évidemment, l’ambassade de Raël doit être construite, selon les instructions des Elohim, près de Jérusalem.  Cette ville, sacrée tant pour les Juifs que les Musulmans et les Chrétiens, abritait le Temple construit par Salomon et reconstruit après l’exil.  On y retrouve le Mur des lamentations, vestige du second Temple détruit par les Romains.  Raël veut donc y construire le troisième Temple.  Mais, sacrilège, nous dit-on lors du procès, l’État d’Israël se refuse de lui céder le lopin de terre nécessaire.  En vérité, nous n’en sommes pas étonnés.

[131]       Quant au christianisme, il prend ses origines dans la foi juive, la venue d’un Messie.  Raël témoigne qu’il s’agit d’un prophète, son demi-frère Jésus.  En cela, Raël est d’accord avec l’Église chrétienne en ce sens que Jésus est, tout comme lui, fils de Dieu.  La différence tient à ce que Dieu n’existe pas et qu’ils sont en réalité fils d’un Eloha, Yahvé.  Selon Raël, Yahvé y est allé de deux terriennes, Marie et sa propre mère.

[132]       Les enseignements de Jésus sont consignés dans le Nouveau Testament alors que ceux de Raël le sont dans le Livre qui dit la Vérité.  Les enseignements de Jésus tournent principalement autour de l’amour du prochain et de la miséricorde.  Ceux de Raël, on les a déjà exposés.

[133]       La croix, dont Raël encourage la mise à feu (à l’image du KKK), est un signe et un symbole important pour les Chrétiens, c’est le prix payé par Jésus pour le pardon des fautes des hommes.

[134]       De par ses enseignements, là encore, Claude Vorhilon, sous le pseudonyme de Raël, tente et réussit à provoquer.

[135]       Le droit, en matière de diffamation, est bien connu.

[136]       La liberté de religion, un droit fondamental, consiste d’une part à prêcher ce qu’on veut et d’une autre à croire ce qu’on veut.  Mais lorsqu’on prêche, on s’expose à la censure de ceux qui exercent la liberté de presse (un autre droit fondamental) et à celle d’expression. 

[137]       On ne peut se voiler de la liberté de religion pour dire n’importe quoi et se réclamer à l’abri de la critique, même sévère.  À titre d’exemple, celui qui choisit de voler ne peut se plaindre d’être appelé « voleur », à moins de circonstances particulières.

[138]       Il n’est pas question pour la Cour de discourir sur le mérite d’une religion ou d’une autre, ni de ses dogmes ou de ses doctrines.

[139]       Mais force est de constater qu’en répétant à qui veut l’entendre (et même parfois à qui ne veut pas) les commentaires plus haut relatés sur deux religions bien établies, Raël ne peut s’attendre à ce qu’on ne réagisse pas avec une certaine impatience, compte tenu du contenu de ce qu’il prêche lui-même.  Ce n’est cependant pas à cela que Gratton réagit dans sa chronique, c’est clair, mais la toile de fond tissée par les enseignements de Raël sont à considérer puisque, lorsqu’arrive le contexte, le vase déborde.  Pour Gratton, si le ridicule tuait, Raël serait déjà nu sur la planète des Éternels.

[140]       Toute la doctrine de Raël, ou sa théologie, ne repose sur autre chose que la Bible (des Juifs et des Chrétiens) lue à la lumière du Livre qui dit la vérité.  Selon Raël, les Juifs et les Chrétiens n’ayant pas cette lumière lisent dans le noir et n’ont évidemment rien compris de l’essentiel, nous avons été créés par les Elohim.

[141]       Raël est libre de croire ce qu’il veut croire (s’il y croit), mais en utilisant l’écrit fondamental de religions clairement établies, en les critiquant et en provoquant comme il le fait, il s’expose et expose sa doctrine à la critique et pas nécessairement qu’à celle provenant des adhérents à ces deux religions.

[142]       En s’impliquant, comme il l’a fait et en s’associant au clonage humain et en publiant  Oui, au clonage humain[21]:

«Et si notre espérance de vie est aujourd’hui de 85 ans, on sait qu’elle est en train de passer à 120 ans, et que très prochainement elle passera à plus de 200 ans puis à environ 900 ans.  Puis grâce au clonage on va pouvoir vivre éternellement.»

il s’expose et expose sa doctrine à la critique.

[143]       En se comportant comme il le fait (voir la toile de fond et le contexte), il s’expose et expose sa doctrine à la critique.

[144]       Mais en déclarant :

«[...] Si elle a accompli une percée historique, on devrait lui décerner le prix Nobel, a lancé Raël à un parterre de gens en pâmoison.  Et si c’est une blague, elle a fait un événement historique aussi puisque ce serait la plus belle blague scientifique», a-t-il ajouté avant de la désigner comme son successeur advenant son passage dans l’au-delà.  «Que ce soit vrai ou non, et encore plus si ce n’est pas vrai, a-t-il ajouté.  «Ça permis de faire connaître notre message au monde entier.»[22]

il va plus loin et attire le mépris de ceux qui se sont sentis floués, trompés et utilisés, soit les médias.  Il ne peut ni s’étonner ni se plaindre du fait que ces gens décrient avec force au public, qu’ils se sont engagés à informer, la ruse dont ils ont été victimes.

[145]       Après avoir fait tant de tapage médiatique et après avoir pour motif été mis en doute, Raël n’a rien fait pour convaincre qui que ce soit de l’honnêteté de sa propre démarche, au contraire, il s’est moqué des médias.

[146]       La chronique a été publiée dans des circonstances qui comportaient une toile de fond et un contexte qu’aucun lecteur ne pouvait ignorer.  Il n’était pas nécessaire d’en faire à nouveau et encore une fois un exposé.

[147]       Avec la toile de fond et dans le contexte mis en preuve devant cette Cour, le défendeur a utilisé les termes :

-        escroc

-        arnaque

-        enjôleur

-        effronté

-        flouer

-        clown

-        hurluberlu

-        énergumène

-        fou

Gratton n’a pas franchi la ligne qui aurait pu le rendre responsable de dommages.

[148]       En fait, sa chronique peut presque passer inaperçue dans la mer des publications.

[149]       Parlant de preuve prépondérante, tout comme disent nos voisins américains :  «If it looks like a duck, walks like a duck and quacks like a duck, chances are it’s a duck».  Or, cette Cour est d’avis que, au nom d’une certaine lucidité, Raël lui a menti sans gêne lorsqu’il a témoigné de ses aventures.

[150]       Le tribunal, quant aux rencontres des Elohim avec Raël, n’accorde aucune crédibilité à ce dernier.  Le gros bon sens le commande.  Il ne s’agit pas d’une question de religion, il s’agit d’une question de fait.  Son récit tient à des hallucinations et à des fantasmes, à moins qu’en toute connaissance de cause il ne mente au tribunal.

[151]       Mais d’une façon ou de l’autre, le récit ne dit pas la vérité.

[152]       En cela, le tribunal ne peut qu’être d’accord avec le défendeur.

[153]       La chronique ne comporte pas d’analyse mais ne fait qu’exprimer la frustration d’un chroniqueur?  Il ne s’agissait pas d’un éditorial et la frustration décelée n’était que celle exprimée par tant d’autres en termes similaires, voire pires et dont le tribunal n’a fait qu’un bref exposé par rapport à ce que révèle l’ensemble de la preuve.

[154]       Il est pour le moins étrange que Raël s’offusque des termes utilisés à son égard alors qu’ils sont semblables à ceux qu’il utilise lui-même lorsqu’il juge les autres, notamment ceux qui adhèrent aux religions juives et chrétiennes. 

[155]       Dans les circonstances, sa réclamation est farfelue et sera rejetée. 

[156]       La Cour est même d’avis qu’elle a été utilisée, tout comme les médias, à la différence que les médias ont le loisir de choisir leurs débats.  Raël, dans sa recherche de notoriété, trouve des forums ou s’y impose.

[157]       Quant à l’Église raëlienne, elle n’a pas l’intérêt nécessaire pour poursuivre, on n’a commis aucune faute à son égard et elle n’a subi aucun dommage.  Est donc bien virtuel le troisième élément requis par la loi, soit la relation de cause à effet entre une faute inexistante et un dommage imaginaire… à moins que…

[158]       Son action sera également rejetée.

[159]       PAR CES MOTIFS, LA COUR :

[160]       REJETTE l’action des demandeurs, avec dépens.

 

 

__________________________________

MAURICE LARAMÉE, J.C.S.

 

Me Pierre A. Fournier

FOURNIER & ASSOCIÉS

Pour les demandeurs

 

Me RAYMOND DORAY

Me SOPHIE DORMEAU

LAVERY, de BILLY

Pour les défendeurs

 

Date d’audience :

26 au 30 septembre 2005

 


[1]     Le Catéchisme social, Honoré de Balzac.

[2]     Espèce de ministre du culte, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et conseiller militaire dans la société celtique.  Voir, par exemple, le druide de fiction Panoramix.

[3]     *Le Message donné par les Extra-Terrestres, Raël.  ***Suite aux difficultés de diffusion rencontrées par une mauvaise interprétation de ce graphisme, les Elohim nous ont conseillé, à partir de 1991, de remplacer le svastika par la spirale qui a la même signification physique.

[4]     Thème déjà traité par certains.

[5]     Idem.

[6]     Voir note 3.

[7]     Tous sont déposés en preuve et le Tribunal les a lus « in extenso ».

[8]     CTV Canada AM CTV, Monday, December 30, 2002, Canada AM, Raelian Sect Leader Defends Human Cloning.  (Onglet #53, cahier 1).

[9]     Cyberpresse, Chroniqueurs, lundi 6 janvier 2003, L’attaque des clones, La Presse. (Onglet #8, cahier 2).

 

[10]   Cyberpresse, Chroniqueurs, mercredi 8 janvier 2003, Mensonge volant non identifié.  La Presse.  (Onglet #23, cahier 2).

[11]   L’Acadie Nouvelle, De tout et de rien, mercredi 8 janvier 2003, p. 13, De la réalité à la raëlité?  (Onglet 27, cahier 2).

[12]   Voir no Vol : 17 NO :1. Actualité, jeudi 9 janvier 2003, p. 5. Courrier Raël :  un clone de Méphistophélès.  (Onglet #41, cahier 2).

[13]   Le Soleil Éditorial, samedi 11 janvier 2003, p. D4.  Oui, il y a un père Noël pour les médias.  (Onglet #50, cahier 2).

[14]    Cyberpresse, Actualités, samedi 11 janvier 2003.  RAÊL’S ANGELS Une sexualité sans contraintes.  (Onglet #51, cahier 2).

[15]    La Voix de l’Est, Opinion, lundi 13 janvier 2003, p. 12.  Editorial :  Raël et les médias :  un nouveau procès.  (Onglet 54, cahier 2).

[16]    Cyberpresse, Actualités, lundi 13 janvier 2003.  «Son but, c’est d’avoir des femmes».  Une entrevue de l’ex-compagne de  Raël à la Presse.  (Onglet #65, cahier 2).

[17]    Cyberpresse, Arts, mercredi 15 janvier 2003, «OCTOPUS», Une série de fiction sur le clonage sans Raël à Radio-Canada.  (Onglet #66, cahier 2).

[18]    VOIR No Vol : 17 No :2, Actualité, jeudi 16 janvier 2003, p. 7.  Ondes de choc.  Fils de pub.  (Onglet #75, cahier 2).

[19]    Cyberpresse, Actualités, lundi 20 janvier 2003.  Pas de vague d’adhésions avec le présumé clone, Raël et Boisselier à l’assemblée mensuelle de Montréal.  La Presse.  (Onglet #84, cahier 2).

[20]    Les Éditions Yvon Blais, 2005, pp 171-198.

[21]    Édité par la Fondation Raëlienne.

[22]    Voir note 17.